L’heure des résolutions, 5 erreurs à éviter pour 2018

Nouvelle année, nouveau départ pour plusieurs personnes. On déborde de motivation à entamer de nouvelles résolutions dont notamment celles qui concerne la santé globale qui est bien populaire. Cet objectif est très bien en soi, les intentions sont bonnes; mais la manière est-elle adéquate?

Je vous pose la question : Est-ce la Xe fois que vous prenez cette résolution? Si la réponse est oui, il est peut-être envisageable de trouver de nouvelles stratégies pour atteindre votre objectif pour éviter de laisser tomber cette belle résolution après quelques semaines/mois. Je vous invite donc à réfléchir sur certaines erreurs que les gens font concernant leur résolution au sujet de leur santé.

1 – Avoir une résolution -un objectif- trop vague

Source : HappyNewYear.top

D’abord, je vous propose d’être plus précis dans l’élaboration de votre objectif, définissez-le. Par exemple, si votre objectif est “être plus en santé”, que cela signifie pour vous? Avoir une meilleure alimentation? Adopter davantage l’activité physique au quotidien? Prendre plus de temps pour vous pour garder votre santé mentale? Vous pourrez réaliser que votre objectif principal est peut-être plus “général” et qui englobe en fait plusieurs “défis” en un. Ce n’est pas un mal en soi, mais ça peut nous faire réaliser l’ampleur de notre but et d’être plus réaliste sur notre souhait. La réflexion autour de votre nouvelle résolution est de mise, prenez le temps nécessaire pour y réfléchir.

Pour illustrer, prenons une résolution de type “Cette année, je change mon alimentation/je mange mieux”, il peut englober lui aussi plusieurs petits (et gros!) défis. Il faudrait avant tout voir ce que celà signifie pour vous “mieux manger” :

  • Avoir toujours des légumes ou un fruit à chaque repas?
  • Manger moins de dessert sucré?
  • Intégrer les produits céréaliers à grains entiers à votre alimentation?
  • Boire moins de boissons (jus, liqueur, alcool) et opter davantage pour l’eau?
  • Déjeuner chaque matin?
  • Résister aux croustilles devant la télévision le soir?
  • Tenir loin la salière lors des repas?
  • Manger des collations maison au lieu des muffins, croissants, chocolatines, etc. du café du coin?
  • Savoir dire non à quelqu’un qui nous offre de la nourriture quand nous n’avons pas faim?
  • Pouvoir distinguer notre “vraie” faim et arrêter de manger lorsque le sentiment de satiété se fait sentir?

En commençant à suivre votre résolution, vous pourrez réaliser en cours de route que d’autres défis se présentent à vous auxquels vous n’avez pas songé, et c’est normal. Quand nous sommes dans un processus de changement, tout peut arriver. Attention, ne faites pas une autre erreur discutée plus loin : vouloir tout changer en même temps!

2 – Confondre les facteurs modifiables de ceux qui ne le sont pas

Source: YouMustBeTrippin.com

Lorsque l’on décide de changer des choses, il faut prendre la situation en contexte : il y a des aspects dans la vie qui sont difficilement modifiables et/ou hors de notre contrôle. En portant notre attention sur ce que l’on peut modifier, on crée une approche qui sera plus durable et directement en lien avec notre nouvelle résolution. Ça nous permet également de pouvoir relativiser nos attentes envers cette dernière et de mettre notre énergie sur ce qui est réellement pertinent.

Par exemple, faire de notre résolution “perdre du poids” englobe son lot de facteurs modifiables et aussi ceux qui ne le sont pas. De nos jours, l’environnement est obésogène:

  • on observe un étalement urbain qui force les gens à se déplacer davantage en voiture ou en transport en commun plutôt qu’à vélo ou à la marche;
  • la multiplication des restaurants offrant peu d’alternatives saines rend difficile l’action de faire de meilleurs choix à l’extérieur de chez soi ou lorsque nous n’avons pas la possibilité de nous faire des lunchs
  • les produits peu nutritifs sont abondants et de plus en plus présents même en épicerie;
  • le temps alloué aux repas est diminué avec nos rythmes de vie moderne;
  • etc.

Sans compter les facteurs biosociaux soient les habitudes de vie et de la famille (notre éducation, notre génétique, etc.), notre biologie (nous sommes tous uniques!), les relations et normes sociales, notre capacité à gérer le stress, etc. Tous ces facteurs discutés peuvent avoir une influence sur l’apport et la dépense énergétique (lire : notre poids). D’ailleurs, en optant pour de meilleurs habitudes de vie plutôt qu’exclusivement votre poids pourrait avoir plus d’impact sur votre santé globale.

3 – Vouloir tout changer en même temps

De grâce, si les changements que vous souhaitez faire sont nombreux et demandent beaucoup d’efforts, vos risques de tout abandonner sont très présents si vous voulez tout changer en même temps. Les méthodes drastiques ne sont jamais souhaitables dans un tel contexte. Laissez-vous du temps. Allez-y graduellement et faites les changements plus faciles en premier. Pourquoi? Parce que c’est encourageant, vous aurez le goût de continuer en constatant vos réussites. Même s’ils sont “faciles”, ils auront un impact sur votre santé d’une manière ou d’une autre.

En voulant changer tout en même temps, on peut aussi se “perdre” sur notre objectif principal. Gardez toujours un oeil sur votre défi actuel et éviter de vouloir intégrer tout de suite d’autres changements si vous ne vous vous sentez pas complètement prêt. D’ailleurs, il est possible de se tromper; vous pouvez continuer à travailler sur vos changements précédents si ceux-ci ne sont pas devenus de nouvelles “habitudes” et que vous n’êtes pas totalement à l’aise avec eux. C’est un travail constant, pas un échec.

4 – Être sévère envers soi-même

Soyez indulgent envers vous et laissez-vous du temps pour changer vos comportements, vos habitudes. Elles ont été présentes pendant plusieurs mois voire des années : vous ne pouvez pas les changer en si peu de temps avec facilité. Il faut être réaliste. Rappelez-vous que vous êtes humain, comme n’importe qui. Vous n’êtes pas parfait, personne n’est superman ou wonderwoman. Les petits pas nous rendent aussi à destination, nous permettent de bien voir le chemin parcouru et évaluer ce qui nous reste à faire un peu plus loin dans notre cheminement. Quant aux embuches, elles sont nécessaires pour permettre d’apprendre et de mieux continuer; un parcours parfait, ça n’existe pas. Nous avons le droit de se tromper, même de retourner sur notre chemin. Lorsque nous sommes prêts, on continue.

Source : everydayhearing.com

Par exemple, si vous avez décidé de “Bouger plus” alors que vous êtes plutôt du type Netflix & Chill… un défi irréaliste/sévère serait de faire une activité que vous n’aimez pas (!) sur une base régulière voire quotidienne (!!) du jour au lendemain (!!!). Ça serait la recette parfaite pour abandonner après 1-2 semaines et culpabiliser à l’infini par notre “échec”. Malheureusement, c’est ce que beaucoup trop de personnes font chaque année : un abonnement au gym alors qu’ils n’aiment pas ça, ils y vont chaque jour pendant 2-3 semaines et on ne les voit plus après un certain moment jusqu’à la fin de l’année… Changez votre stratégie! Optez pour une ou des activités que vous aimez ou avec laquelle vous êtes “neutre” et pratiquez-les graduellement, par exemple en augmentant la fréquence par semaine (ou au rythme que vous vous sentez à l’aise, il est possible de changer d’avis en cours de route). Sachez qu’il n’y a pas de “vraies activités physiques” qui comptent; tout ce qui nous fait bouger -même la marche ou de la danse improvisée dans votre salon avec la musique dans le tapis- compte!

Personne d’autre que vous-même sachiez mieux à quel rythme vous êtes à l’aise d’intégrer une nouvelle habitude. Faites-vous confiance, soyez patient.

5 – Oublier l’imprévu dans notre cheminement

Toutes sortes de choses peuvent arriver dans une vie et il faut parfois prévoir certains scénarios probables pour éviter d’être pris au dépourvu… Par exemple, une blessure ou une maladie qui pourrait ralentir vos ardeurs. Dans certaines situations, il est possible de prévoir des alternatives pour continuer à poursuivre vos objectifs… Parfois, c’est de faire un “lâcher-prise” sur la situation et d’accepter de ne pas pouvoir mettre autant d’énergie, de temps, etc. sur notre objectif.

La vie est remplie d’embuche, il ne faut pas s’attendre à un parcours parfaitement droit. Il faut prendre en contexte ce qui nous arrive et être indulgent envers nous-mêmes. Ce n’est pas parce que quelque chose prend soudainement plus de notre temps et de notre énergie que tout est nécessairement abandonné et oublié. On continue dès qu’on le peut, au rythme qu’on le souhaite, où nous en sommes rendu dans notre cheminement.


Bon cheminement dans vos nouvelles résolutions!
Et comme nous répétait toujours Monsieur Loranger dans mon fameux cours de technologies à l’école secondaire…

«Patience, douceur et amour!»

😉

Pourquoi l’IMC est impertinent à lui seul

«Selon l’OMS, l’indice de masse corporelle (IMC) est un outil vous permettant d’évaluer votre degré général d’obésité. Il indique, selon votre taille, la plage de poids associée aux risques encourus pour la santé.»
Université Laval

Beaucoup de personnes (professionnels de la santé inclus) vont se fier sur l’IMC pour qualifier le poids d’un individu et ainsi, évaluer les risques pour la santé. Pour se faire, vous devez diviser votre poids (kg) par votre taille (m) au carré (vous pouvez le calculer et évaluez votre résultat via cette page de l’Université Laval, juste ici):

(poids en kg)/taille (m)²

Selon le résultat donné, il sera catégorisé de Poids insuffisant (IMC < 18,5) à Obésité classe 3 (IMC ≥40). Chaque catégorie propose son taux de risques relié à la santé. Plus l’IMC est grand, plus les risques sont élevés: plus l’IMC est sous 18.5, plus les risques sont élevés également. L’idéal, c’est que vous vous tenez plus près possible de la catégorie dite «Normale» dans l’écart de 18,5 à 24,9 où les risques pour la santé sont dits «Faibles».

Pourquoi l’IMC n’est pas pertinent à lui seul?

Si on décide d’utiliser uniquement l’IMC pour connaître nos risques pour la santé, nous passons à côté de beaucoup de facteurs qui influencent le résultat (IMC), notre poids et notre santé en général. L’activité physique, l’hygiène de vie, la consommation de substances (tabac, alcool, drogue), la qualité du sommeil, l’alimentation, etc. sont tous des facteurs en prendre en considération pour évaluer les risques pour la santé d’un individu.

Quelqu’un de naturellement très mince peut être catégorisé tout de suite comme un individu dont la santé est à risque alors qu’il peut être en parfaite santé. Quelqu’un qui a une forte musculature pourra aussi être considéré «à risque» alors qu’il n’y aurait aucune matière à s’inquiéter (à noter que les muscles sont beaucoup plus lourds que le gras). La morphologie d’un individu peut influencer voire fausser l’évaluation du risque pour la santé.

L’âge de la personne a aussi une incidence. Les enfants et les adolescents ne devraient pas être évalués avec l’IMC considérant que leur corps est encore en mode de croissance et de changements. On suggère également aux personnes de 65 ans et plus de reconsidérer les classifications, ce qui signifie qu’une personne normalement classée dans “Excès de poids” ou encore dans “Poids insuffisant” pourrait être en fait dans “Poids normal” au niveau des risques. Notre corps subit différents changements avec l’âge, particulièrement chez les personnes âgées (la maladie peut nous amener à nous faire perdre/prendre du poids, le métabolisme de base baisse, etc.). Les femmes enceintes ou qui allaitent ne devraient pas utiliser cet outil pour évaluer leurs risques : leur condition physique n’étant pas à leur état «normal», il est conditionné en vue de répondre aux besoins du bébé.

Pourquoi l’utiliser alors?

Tel que son nom l’indique, l’IMC est un INDICE de masse corporelle. Un indice, ce n’est pas une chose sure, mais elle peut nous donner une idée, elle peut mener vers une bonne ou encore une mauvaise piste, elle peut aussi nous mener vers quelque chose d’autre de plus intéressant à prendre en considération. Pour résoudre une problématique, il ne faut pas se fier à un seul indice, on pourrait passer à côté de bien d’autres qui pourraient nous en dire davantage sur la situation.

Bref, l’IMC n’est pas un indicateur absolu de la santé, mais il peut être utile. À lui seul, on ne peut pas évaluer l’état d’un individu, mais on peut s’y en faire une idée (qui peut s’avérer être représentative ou pas du tout). Il est primordial de voir sa santé dans tout son contexte pour se permettre de l’évaluer adéquatement.


RÉFÉRENCES

Obésité : Calcul de l’indice de masse corporelle, Université Laval, tel que vu le 6 Octobre 2017

Lignes directrices canadiennes pour la classification du poids chez les adultes – Guide de référence rapide à l’intention des professionnels, Santé Canada, 2003 [PDF]

Scandale autour d’une recette à biscuit : une réflexion sur le concept de la minceur

Il y a quelques années sur Facebook, une nutritionniste québécoise a décidé de publier une recette de biscuits sur son blogue et elle l’a ensuite partagée sur sa page Facebook. Oui, une recette de biscuits vraaaaaaaiment décadente, genre plein de gras, plein de sucre, du chocolat pis toute. Tout ce qui est le plus fidèle à un vrai biscuit.

Source : Giphy

Puis, même pas quelques heures après la publication, des centaines de messages négatifs à son endroit font leur apparition : «Ben voyons que tu postes une recette de biscuits, t’es pas une nutritionniste toi?», «Une nutritionniste qui est sensée de prôner la santé, et tu postes une recette de biscuits… wow, chapeau!», «Cordonnier mal chaussé!», etc. Le comble, dans cette société où la minceur rime avec «santé», cette nutritionniste n’a pas l’image de ce qu’on se fait de quelqu’un qui pratique cette profession : elle a un surplus de poids. Alors je vous laisse deviner tout ce qui aurait pu se dire… Plusieurs autres nutritionnistes ont pris sa défense publiquement et ont remis les pendules à l’heure.

Ce «scandale» autour d’une recette à biscuit m’a fait énormément réfléchir. De plus en plus, je lis des articles et des témoignages d’étudiant(e)s en nutrition, des techniciennes en diététique ou encore des nutritionnistes concernant une pression sociale qu’ils/elles ressentent : celle d’être parfait(e), irréprochable et surtout, mince. Comme si la minceur garantissait leurs compétences, leurs connaissances et qu’elles n’ont pas le droit de déroger de l’image d’une alimentation saine. Le problème avec cette pression, c’est qu’elle peut affecter sérieusement ces professionnels de la nutrition (nous sommes tous humains, après tout!).

Source: Shape

Dans une étude publiée en 2012, une collecte de données provenant de 14 pays différents avec 101 répondants de facultés de nutrition, on a conclu que les troubles alimentaires semblaient être une difficulté entre les murs de ces facultés partout dans le monde et que la majorité des répondants sentaient que l’on doit faire quelque chose à propos de ça, mais on ignore qu’elle serait l’approche idéale pour se charger du problème étant donné les dilemmes éthiques¹. Oui, éthique. Une nutritionniste va nécessairement rencontrer des personnes ayant des troubles alimentaires : si elle-même, elle a un trouble, peut-elle bien s’occuper de quelqu’un qui a sensiblement le même problème qu’elle? Bien que des cours et de la sensibilisation sont présents au sujet des troubles alimentaires dans les facultés, ça ne semble peut-être pas suffisant, il faudrait davantage de ressources. Il y a parfois des services d’aide psychologique disponible dans les écoles, mais ils ne sont pas nécessairement spécialisés pour ces troubles.

La population n’est pas à l’abri de la pression sociale à propos de la minceur : les nutritionnistes non plus. Si cette pression était moins sentie par les professionnels de la santé, est-ce qu’il y aurait moins de troubles alimentaires dans les facultés de nutrition? Peut-être. À défaut de pouvoir changer la mentalité de la population du jour au lendemain, si on outillait davantage les professionnels de la santé à faire face à cette pression sociale, est-ce que ça pourrait les aider?… Qui sait.

*** Attention, je ne suis pas en train de dire que toutes les nutritionnistes ou que la majorité d’entre elles ont des troubles alimentaires, et/ou qu’elles n’ont pas la capacité d’aider convenablement la population à cause de la pression sociale autour de la minceur. Mon discours est pour démontrer que cette pression est tellement forte qu’elle en affecte même les professionnels de la santé. Rappelez-vous de Gaétan Barrette quand il est devenu Ministre de la Santé… son poids était LE sujet de conversation : quelqu’un d’obèse comme médecin… pire, Ministre de la Santé! SCANDALE!

Saviez-vous que…

Source : MedicalXpress

Le poids n’est pas le seul déterminant de la santé, modifier les habitudes de vie pourrait avoir beaucoup plus d’impact (tabagisme, consommation d’alcool, activité physique, hygiène de vie, alimentation, gestion du stress et des émotions, qualité de sommeil, estime de soi, etc). À elles seules, elles diminuent les risques de mortalité significativement, et ce, sans égard à l’IMC de l’individu ou de son degré d’adiposité (gras)². C’est d’ailleurs une excellente nouvelle pour ceux désirant améliorer leur santé, beaucoup plus de possibilités et nettement plus encourageant.

Plusieurs études de haute qualité sur plusieurs millions de personnes auraient démontrées qu’un poids dit “normal” ne procure pas une meilleure santé ou bénéfice quelconque : la santé ne devrait pas être évalué avec un chiffre sur la balance ou celui de vos pantalons.³


Références:

¹ Drummond D, Hare MS. Dietitians and eating disorders: an international issue. Can J Diet Pract Res, 2012 Summer;73(2):86-90.

² Équilibre.ca, 2017, Poids et image corporelle : mieux comprendre pour mieux intervenir, Formation en ligne

³ Lavie C. 2014, The Obesity Paradox : When Thinners Means Sicker and Heavier Means Healthier, New York : Hudson Street Press : 230