What The Health : un documentaire discutable

Avez-vous vu le fameux documentaire What The Health sur Netflix? En gros, c’est un documentaire qui tente de sensibiliser les gens sur les conséquences de la viande sur la santé et la planète.
 
On m’a demandé souvent mon opinion sur ce documentaire… pour être franche, je ne l’ai pas écouté au complet, j’ai arrêté après une vingtaine de minutes (à mes souvenirs). Pourquoi? Je trouvais leur approche trop «sensationnaliste», ce qui fait en sorte que je décroche littéralement. L’intention derrière le documentaire est très bonne, j’en suis persuadée; toutefois, la manière de s’y prendre pour convaincre les gens n’est pas la plus juste, selon moi. On exagère des faits, des statistiques, etc. à un point où ils ne sont plus véridiques à 100%, on joue également sur nos émotions pour être plus empathique à la cause.
 
Plusieurs nutritionnistes se sont prononcés à ce sujet et ont pris le temps de mettre les pendules à l’heure. Ils rappellent aussi d’aiguiser notre sens critique et de valider l’information que l’on nous présente.
 
Si ça vous intéresse, il y a Cynthia Marcotte Nutritionniste qui a fait un excellent clip Youtube à cet effet que vous pouvez visionner juste ici :

Scandale autour d’une recette à biscuit : une réflexion sur le concept de la minceur

Il y a quelques années sur Facebook, une nutritionniste québécoise a décidé de publier une recette de biscuits sur son blogue et elle l’a ensuite partagée sur sa page Facebook. Oui, une recette de biscuits vraaaaaaaiment décadente, genre plein de gras, plein de sucre, du chocolat pis toute. Tout ce qui est le plus fidèle à un vrai biscuit.

Source : Giphy

Puis, même pas quelques heures après la publication, des centaines de messages négatifs à son endroit font leur apparition : «Ben voyons que tu postes une recette de biscuits, t’es pas une nutritionniste toi?», «Une nutritionniste qui est sensée de prôner la santé, et tu postes une recette de biscuits… wow, chapeau!», «Cordonnier mal chaussé!», etc. Le comble, dans cette société où la minceur rime avec «santé», cette nutritionniste n’a pas l’image de ce qu’on se fait de quelqu’un qui pratique cette profession : elle a un surplus de poids. Alors je vous laisse deviner tout ce qui aurait pu se dire… Plusieurs autres nutritionnistes ont pris sa défense publiquement et ont remis les pendules à l’heure.

Ce «scandale» autour d’une recette à biscuit m’a fait énormément réfléchir. De plus en plus, je lis des articles et des témoignages d’étudiant(e)s en nutrition, des techniciennes en diététique ou encore des nutritionnistes concernant une pression sociale qu’ils/elles ressentent : celle d’être parfait(e), irréprochable et surtout, mince. Comme si la minceur garantissait leurs compétences, leurs connaissances et qu’elles n’ont pas le droit de déroger de l’image d’une alimentation saine. Le problème avec cette pression, c’est qu’elle peut affecter sérieusement ces professionnels de la nutrition (nous sommes tous humains, après tout!).

Source: Shape

Dans une étude publiée en 2012, une collecte de données provenant de 14 pays différents avec 101 répondants de facultés de nutrition, on a conclu que les troubles alimentaires semblaient être une difficulté entre les murs de ces facultés partout dans le monde et que la majorité des répondants sentaient que l’on doit faire quelque chose à propos de ça, mais on ignore qu’elle serait l’approche idéale pour se charger du problème étant donné les dilemmes éthiques¹. Oui, éthique. Une nutritionniste va nécessairement rencontrer des personnes ayant des troubles alimentaires : si elle-même, elle a un trouble, peut-elle bien s’occuper de quelqu’un qui a sensiblement le même problème qu’elle? Bien que des cours et de la sensibilisation sont présents au sujet des troubles alimentaires dans les facultés, ça ne semble peut-être pas suffisant, il faudrait davantage de ressources. Il y a parfois des services d’aide psychologique disponible dans les écoles, mais ils ne sont pas nécessairement spécialisés pour ces troubles.

La population n’est pas à l’abri de la pression sociale à propos de la minceur : les nutritionnistes non plus. Si cette pression était moins sentie par les professionnels de la santé, est-ce qu’il y aurait moins de troubles alimentaires dans les facultés de nutrition? Peut-être. À défaut de pouvoir changer la mentalité de la population du jour au lendemain, si on outillait davantage les professionnels de la santé à faire face à cette pression sociale, est-ce que ça pourrait les aider?… Qui sait.

*** Attention, je ne suis pas en train de dire que toutes les nutritionnistes ou que la majorité d’entre elles ont des troubles alimentaires, et/ou qu’elles n’ont pas la capacité d’aider convenablement la population à cause de la pression sociale autour de la minceur. Mon discours est pour démontrer que cette pression est tellement forte qu’elle en affecte même les professionnels de la santé. Rappelez-vous de Gaétan Barrette quand il est devenu Ministre de la Santé… son poids était LE sujet de conversation : quelqu’un d’obèse comme médecin… pire, Ministre de la Santé! SCANDALE!

Saviez-vous que…

Source : MedicalXpress

Le poids n’est pas le seul déterminant de la santé, modifier les habitudes de vie pourrait avoir beaucoup plus d’impact (tabagisme, consommation d’alcool, activité physique, hygiène de vie, alimentation, gestion du stress et des émotions, qualité de sommeil, estime de soi, etc). À elles seules, elles diminuent les risques de mortalité significativement, et ce, sans égard à l’IMC de l’individu ou de son degré d’adiposité (gras)². C’est d’ailleurs une excellente nouvelle pour ceux désirant améliorer leur santé, beaucoup plus de possibilités et nettement plus encourageant.

Plusieurs études de haute qualité sur plusieurs millions de personnes auraient démontrées qu’un poids dit “normal” ne procure pas une meilleure santé ou bénéfice quelconque : la santé ne devrait pas être évalué avec un chiffre sur la balance ou celui de vos pantalons.³


Références:

¹ Drummond D, Hare MS. Dietitians and eating disorders: an international issue. Can J Diet Pract Res, 2012 Summer;73(2):86-90.

² Équilibre.ca, 2017, Poids et image corporelle : mieux comprendre pour mieux intervenir, Formation en ligne

³ Lavie C. 2014, The Obesity Paradox : When Thinners Means Sicker and Heavier Means Healthier, New York : Hudson Street Press : 230